La Rouge, une mouche et moi


par Grey Fox

A l'aube, je descends vers la rive de la Rouge. Sa musique me rappele un temps pur et serein. Souvenirs de mon grand-père me tenant par la main, regardant l'eau s'empresser de se rendre à sa destination, m'enseignant non seulement de regarder avec mes yeux mais aussi avec les oreilles, le coeur et l'âme. J'entre dans la rivière penaudement. L'eau est froide. Je me ferme les yeux. Le soleil du matin me rechauffe la coine.

Sur ma droite j'entends le bruit familier qui me rappelle la raison pour laquelle je suis ici. Pour la pêche, pour la pêche à la mouche évidemment ! J'en vois une autre et une autre sauter, arquée et tordue avec l'agilité d'une olympienne.

Je suis ici pour le sport. Le défi est bon pour l'âme. Canne en main et à l'eau jusqu'à la ceinture je sens le courant s'acharnant à m'entraîner avec lui. Je commence mes lancers et je permets à ma mouche de voguer en aval. Chaque lancer est précis et méticuleux comme avec la précision d'un chirurgien, coupant l'air et atteignant sa marque avec précision, shewwww... fhaaaa... shewwww etc..! Evoquant Brad Pitt dans la "Rivière du Septième Jour", avec deux exceptions; un, je ressemble plus à Mr Lajoie qu'à Mr. Pitt et de deux mes lancers ressemblent plus à un homme qui est en attaque du mal sacré au grand délire d'un bonhomme qui me regarde étonné et en même temps inquiet. Je crois qu'il a peur que je me blesse. Ses lancers sont fluides et le contrôle de l'art qu'il exerce lui permet de m'observer du coin de l'oeil, étoné presque amusé.

Je continu dans le recherche de l'excellence pour la meilleur partie d'une heure, lorsque soudainement le bonhomme m'adresse. Peut être par pitié ! Il ne peut plus se contenir et il éclate de rire. Avec toute la sagesse de son âge, il me dit tout simplement " mon garçon" puis une pause, comme si il pouvait être le patriarche d'un jeune aussi inepte, je suis convaincu qu'il s'agissait d'un terme tendre. "Mon garçon" et de nouveau avec un sourire, "sais-tu que tu n'a pas de mouche à ton avançon depuis presque... peut-être une heure? me dit il ! "tu l'as perdu au deuxième ou troisième lancers". Nous nous sommes mis à rire aux éclats, à gorge déployée, à en pleurer aux larmes. J'en avais mal au côtes. Je crois que les animaux ont quittés cette partie de la forèt par peur.

En reprenend mon souffle je lui sourit en lui claquant un clin d'oeil et en disant "lorsque tu est un expert comme moi, tu n'a pas besoin de mouche" Nos rires pouvait être entendu jusqu'à Wabush et je continu de pêcher sans mouche.

La vie est belle!

A la prochaine
Grey Fox


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